Liam Rosenior Chelsea GFXGetty/GOAL

Traduit par

Liam Rosenior devait partir, mais les problèmes d’un Chelsea à la dérive sont bien plus profonds

Même si, aux yeux de beaucoup, son sort était scellé dès le départ, rares sont ceux qui auraient pu imaginer que les choses se dégraderaient aussi rapidement pour le tacticien anglais. La cuisante défaite subie mardi face à Brighton a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, ce résultat ayant pratiquement mis fin aux espoirs de Chelsea de se qualifier pour la Ligue des champions et compromis sérieusement toute chance de disputer une compétition européenne. Moins de 24 heures plus tard, il était limogé.

Rosenior a inscrit une page peu glorieuse dans l’histoire du club de l’ouest londonien, en supervisant la pire série de résultats depuis les années 1990 et en égalant un record vieux de 114 ans : cinq défaites consécutives en championnat, toutes sur le score cumulé de 11-0. Si l’entraîneur sortant est pointé du doigt, les maux des Blues sont bien plus profonds.

Au lendemain de ce nouvel limogeage et alors que le mécontentement des supporters atteint son paroxysme, la direction du club s’apprête à vivre un été mouvementé qui pourrait mettre son projet à genoux.

  • Brighton & Hove Albion v Chelsea - Premier LeagueGetty Images Sport

    Le point de non-retour

    La lourde défaite concédée à Brighton semblait, tant dans son issue que dans sa mécanique, à la fois inéluctable et sinistre. Dès l’entame, Chelsea s’est retrouvé sous pression et a concédé un but dès la 3^e minute ; les Blues ont ensuite paru privés de la confiance nécessaire pour inverser la tendance. Pour être franc, la scène était pathétique.

    Après avoir couru après le score durant toute la première période, une timide réaction en début de seconde mi-temps s’est rapidement éteinte, les Seagulls profitant d’une erreur individuelle pour tuer le match alors qu’il restait encore quarante minutes à jouer. L’équipe de Rosenior n’a jamais donné l’impression de pouvoir renverser la vapeur, les joueurs semblant même incapables de se battre pour un entraîneur de plus en plus sous pression.

    L’atmosphère irrespirable dans le secteur des supporters visiteurs a constitué la touche finale de ce cauchemar, avec des chants réclamant « Nous voulons retrouver notre Chelsea », « Va te faire foutre, Rosenior » et « Va te faire foutre, Eghbali, tu n’es pas le bienvenu ici » ont résonné dans l’Amex Stadium, les supporters locaux se joignant même un instant aux chants « Liam Rosenior, c’est l’un des nôtres » dans une ironie cinglante à l’adresse de l’ancien défenseur de Brighton. En vérité, il n’y avait plus rien à faire.

    Battus 3-0, les Blues pointent désormais à la 8e place de la Premier League, à sept longueurs du top 5 malgré un match en plus. Leurs espoirs de qualification en Ligue des champions s’envolent presque définitivement, et les joueurs, résignés, ont longuement fixé les supporters visiteurs en délire à la fin de la rencontre.

  • Publicité
  • Brighton & Hove Albion v Chelsea - Premier LeagueGetty Images Sport

    Insuffisant

    Même si la situation ne saurait être entièrement imputée à Rosenior, les récents résultats et la forme actuelle de Chelsea sont inacceptables.

    L’entraîneur britannique, encore peu expérimenté, a enchaîné des résultats catastrophiques : les Blues ont perdu cinq matchs de championnat de suite sans trouver le chemin des filets, une première depuis 1912. Cette série noire est la plus longue depuis novembre 1993.

    Depuis sa prise de fonction en janvier, le club londonien pointe à la 13e place du classement de forme et semble davantage menacé par un enlisement au milieu de tableau que par une série de victoires lui ouvrant les portes de l’Europe à quatre journées de la fin.

    Le calendrier à venir – déplacement à Anfield pour y défier Liverpool, réception de Nottingham Forest (en lutte pour son maintien) et de Tottenham, avant un ultime voyage à Sunderland – risque d’aggraver encore le bilan de l’entraîneur, déjà de plus en plus fragilisé au fil des matches.

    Certains estimaient qu’il faudrait à Rosenior une préparation estivale complète pour s’exprimer pleinement, mais les performances de Michael Carrick, tout aussi inexpérimenté, à la tête de Manchester United – où il a fait passer les Red Devils de la septième à la troisième place depuis sa nomination comme entraîneur par intérim – rendent cet argument caduque.

  • Fulham v Chelsea - Premier LeagueGetty Images Sport

    L’inévitable coup de massue

    Jusqu’à la semaine dernière, Chelsea indiquait qu’il n’évaluerait pas le poste de Rosenior avant qu’il n’ait disputé une saison entière, même en cas de non-qualification pour les cinq premiers, comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs Mauricio Pochettino et Maresca. Mais la dégradation sportive a été si préoccupante que cette position a rapidement changé.

    Moins de 24 heures après la défaite sur la côte sud, Rosenior a été démis de ses fonctions. À l’issue d’une réunion de la direction au centre d’entraînement de Cobham, mercredi, le club a annoncé sa décision dans un communiqué : « Liam s’est toujours comporté avec la plus grande intégrité et le plus grand professionnalisme depuis sa nomination en cours de saison. Le club n’a pas pris cette décision à la légère, mais les résultats et les performances récentes sont tombés en dessous des standards attendus alors qu’il reste encore tant à jouer cette saison. Alors que le club s’efforce de stabiliser le poste d’entraîneur principal, nous allons mener une réflexion approfondie afin de procéder à la bonne nomination à long terme. »

    Selon la BBC, le board avait déjà retiré son soutien. Il y a quelques jours, le co-propriétaire Behdad Eghbali avait pourtant affirmé, sans convaincre : « Je pense que nous soutenons Liam. »

    Surtout, il a été ajouté que l’entraîneur principal limogé était en train de perdre le soutien du vestiaire, plusieurs joueurs n’étant pas « convaincus » par le jeune tacticien anglais et se montrant de plus en plus « frustrés ». De nombreux joueurs hispanophones auraient par ailleurs préféré l’ère Maresca. En outre, Rosenior avait dû gérer les velléités de départ d’Enzo Fernández vers le Real Madrid, ainsi que les réserves de Marc Cucurella sur le limogeage de l’Italien.

  • Liam Rosenior ChelseaGetty

    Dernière remarque

    Pour la première fois depuis la série de mauvais résultats qui a entraîné sa chute, Rosenior a livré un débriefing sans concession après la débâcle contre Brighton, laissant entrevoir une fracture avec certains de ses joueurs.

    Il a d’abord confiéà Sky Sports : « C’était inacceptable à tous les niveaux du match, inacceptable dans notre attitude. Je n’ai cessé de prendre la défense des joueurs, mais la performance de ce soir est indéfendable. La manière dont nous avons encaissé les buts, le nombre de duels que nous avons perdus, le manque d’intensité de l’équipe… Il faut que quelque chose change radicalement dès maintenant.

    Le professionnalisme n’était pas au rendez-vous. C’est une soirée vraiment difficile. La plus difficile de ma carrière, ici dans ce magnifique club et partout ailleurs. Certaines choses dont j’ai été témoin ce soir, je ne veux plus jamais les revoir. »

    Il a poursuivi devant l’ensemble des médias : « Au niveau de la fierté que l’on doit avoir de porter ce maillot, c’était inacceptable. J’ai défendu les joueurs et j’assume cette responsabilité. Je l’ai toujours dit. Mais après ce soir, je pense qu’ils doivent aussi se regarder dans le miroir et se demander ce qu’ils ont vraiment donné. On peut parler de tactique, mais la tactique ne vient qu’après les fondamentaux : avoir plus de courage, gagner les duels, les têtes, les tacles, et ne pas encaisser des buts aussi terribles. C’était une performance inacceptable ce soir. »

    Interrogé sur un éventuel décalage avec son groupe, il a répondu sans détour : « Au vu de la performance, ça en a tout l’air. Je ne vais pas mentir. Je ne pense pas qu’il y ait un décalage entre moi et les joueurs. Nous travaillons en étroite collaboration avec eux à l’entraînement, lors de réunions individuelles et d’équipe. Nous leur donnons tout.

    Il y a un manque d’esprit, un manque de conviction qui peut créer cette impression et donner cette image. Je ne peux pas contester cela pour le moment, car la série de résultats que nous connaissons est inacceptable, tout comme l’était clairement cette performance. »

  • Behdad Eghbali ChelseaGetty

    Défaillance systémique

    Comme nous l’avons souligné, le chaos actuel à Chelsea ne saurait être imputé uniquement à Rosenior. Déjà cadre de BlueCo à Strasbourg, il a vraisemblablement été appelé à Stamford Bridge pour jouer le rôle d’« homme de confiance », content de rester dans le cadre fixé par les propriétaires et les directeurs sportifs.

    La teneur du communiqué officiel laisse penser que les propriétaires de BlueCo ont enfin pris conscience que le turnover permanent sur le banc n’a pas favorisé la stabilité nécessaire au succès à long terme. Eghbali reconnaissait d’ailleurs la semaine dernière : « Assurer cette stabilité sur le plan de l’entraîneur est l’une des choses que nous n’avons pas encore bien gérées. Il y a un plan. Nous réfléchissons à ce plan. Nous essayons de l’améliorer et de l’ajuster s’il ne fonctionne pas. »

    En réalité, c’est exactement le résultat auquel la majorité des supporters et des experts s’attendaient depuis la nomination de Rosenior, même si la chute spectaculaire de la forme de l’équipe est peut-être survenue plus tôt que prévu. Confier les rênes à un jeune entraîneur sans expérience du haut niveau, chargé de mener un effectif tout aussi vert, ne pouvait guère aboutir à un succès durable, surtout dans l’exigeant environnement de Chelsea. L’échec était presque programmé.

    Selon les dernières informations, le club envisage déjà de modifier sa stratégie de recrutement en privilégiant des joueurs « mûrs », « émotionnellement résilients » et possédant une « expérience de la Premier League », plutôt que de continuer à dépenser des sommes colossales pour accumuler des jeunes talents censés former une équipe pérenne, mais dont la plupart ne répondent pas encore aux exigences du niveau. Alors qu’ils entament un « processus d’introspection », les dirigeants semblent enfin décidés à mettre fin à la valse des entraîneurs.

  • FBL-ENG-PR-CHELSEA-MAN UTD-PROTESTAFP

    Un mercato estival sous haute tension

    Un mécontentement latent menace d’exploser parmi les supporters. Avant la défaite de samedi face à Manchester United, des centaines d’entre eux ont manifesté dans les rues, brandissant des banderoles « BlueCo OUT ! » et scandant « Nous voulons retrouver notre Chelsea », tout en apportant leur soutien à l’ancien propriétaire Roman Abramovich devant Stamford Bridge. Les chants hostiles entendus dans le secteur visiteurs en milieu de semaine attestent que la tension demeure, malgré le départ de Rosenior. Au club désormais de désamorcer la crise.

    Andoni Iraola, dont l’arrivée à Stamford Bridge est pressentie, est actuellement en fin de contrat avec Bournemouth et pourrait donc changer d’air cet été. Son travail remarquable sur la côte sud avec des moyens restreints lui vaut déjà un accueil favorable. En revanche, les spéculations autour d’Edin Terzic, ex-technicien du Borussia Dortmund dont l’expérience de coach principal reste limitée, suscitent déjà des interrogations.

    Un été chaud est donc attendu à Stamford Bridge : des choix judicieux dans le recrutement et sur le banc seront essentiels pour ne pas compromettre le projet des Blues.