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Bordeaux-OM, l'historique bras de fer Tapie-Bez

Dire, aujourd’hui, qu’une confrontation entre Marseille et Bordeaux déchaine les passions serait une exagération. Bien qu’il s’agisse d’un grand classique du championnat, le duel entre Phocéens et Aquitains n’est pas de nature à cristalliser l’attention de toute la France. Il fut pourtant une époque où c’était le cas. Celle des années 80, lorsque les deux formations se disputaient les premiers rôles dans toutes les compétitions. La rivalité était réelle et elle fut, de plus, grandement nourrie par le bras de fer incessant qui opposait les présidents des deux clubs : Bernard Tapie et Claude Bez. A travers les piques, les provocations et les menaces qu’ils s’échangeaient, ces deux figures les plus charismatiques et les plus controversées de l’histoire du football hexagonal se sont chargées de donner à cette affiche une connotation électrique.

Motivés par la passion qu’ils vouaient pour leurs clubs respectifs mais aussi par ce goût de la provocation, Bez et Tapie ne rataient jamais une occasion de se déchirer. Tous les coups étaient permis, même ceux qui remettaient en question l’intégrité de la personne. Les insultes fusaient à chaque fois qu’une rencontre entre les deux clubs approchait. Ou alors lorsqu’un joueur quittait l’une des deux formations pour l’autre. C’était le cas notamment d’Alain Giresse à l’aube de la saison 1986/1987. Furieux de devoir se séparer de l’un de ses meilleurs éléments au profit de l’ennemi juré, Bez avait traité l’international tricolore de "joueur fini, qui n’avait aucune parole". Des mots durs qu’aucun président n’oserait balancer de nos jours. L’ex homme fort des Girondins, lui, ne se souciait guère des conséquences et lorsque, à froid, il lui a été demandé s’il regrettait ses déclarations, il s’est simplement fendu d’une formule moins blessante : "Giresse sera toujours un grand joueur mais ses qualités humaines laissent à désirer".

Bez, qui avait débuté son parcours professionnel comme expert-comptable, n’a pas attendu le transfert de Giresse pour s’attirer le courroux de son homologue marseillais. Non, dès que ce dernier a été intronisé à son poste en 1986, il lui a lancé un message de bienvenue pour le moins particulier : "C’est un traître, un escroc et un charlatan". Pour lancer les hostilités, il n’y avait pas mieux. Logiquement, la réplique de Tapie a été immédiate. A son tour, il accusa Bez de "frauder avec le fisc" et de "tricher avec son club". Des accusations qui furent suivies par des violentes menaces : "je vais avoir des choses à dire à mon ami Charasse [ministre du Budget] sur un dossier qui me paraît nettement plus important : l'enrichissement de certains dirigeants sur le dos de leur club". La guerre des mots était alors définitivement lancée.

Ni Bez, ni Tapie n’étaient des modèles d’intégrité. Ils le savaient parfaitement et en faisant, à chaque fois et sans calculer, parler leurs sentiments à l’égard de l’autre, ils provoquaient inconsciemment leurs propres chutes. La descente aux enfers a débuté à la fin des années 80, et le point de non retour, celui où aucune réconciliation n’était possible, a été atteint à la fin de la saison 1989-90 quand Bez accusa son vis-à-vis de tentative corruption. "Tapie est un tricheur, a-t-il clamé haut et fort. Un de mes joueurs a été victime d'une tentative de corruption de la part de l'OM (…) De plus, je détiens une cassette sur laquelle on peut entendre une conversation entre Tapie et Bernès à propos du joueur Fournier (Ndlr, alors à Saint-Etienne). Cela, je tiens le préciser avant un match Saint-Etienne-OM".

La Ligue de Football s’est gardée de vérifier l’authenticité de ces propos. Et pour cause, elle était occupée par des affaires encore plus importantes. Celle que le moustachu bourru manigançait lui-même. Se croyant intouchable et immunisé contre toute sanction, Bez avait alors multiplié les dérapages et les bavures en tout genre. Entre les transferts illicites qu’il a pu conclure, les filles faciles offertes aux arbitres et aussi la rénovation du Haillan dans des conditions douteuses, il a fini par dépasser toutes les lignes rouges. Sa démission, survenue en novembre 1990, était inévitable et fut suivie par un procès et une incarcération. Un scénario qui aurait pu servir de leçon à Tapie. Il n’en a rien été. Sept ans plus tard, au bout d’une longue enquête relative à l’affaire VA – OM, il fut, lui aussi, placé derrière les barreaux. La différence, c’est que, depuis, il a su rebondir dans un autre domaine. Ça n’a pas été le cas de Bez. A sa sortie de prison, le « gros », comme il était affectueusement surnommé par son entourage, a vécu dans l’anonymat le plus total avant de s’éteindre le 26 janvier 1999.

Quatorze ans se sont écoulés depuis. Que reste-t-il de cette rivalité ? On peut s’interroger sur la trace que les deux présidents, en dépit de leur côté obscur, ont laissé sur le football français ? Les observateurs neutres relèveront, à coup sûr, toutes les sombres affaires citées plus haut. Mais, il n’y a pas que cela. Ça serait réducteur que de résumer leurs bilans uniquement à leurs écarts de conduite. Bez, comme Tapie, ont propulsé leurs clubs respectifs sur le devant de la scène.  On pourra toujours s’interroger de la validité du palmarès de Bordeaux et l’OM durant leur règne, mais il sera difficile de contester le fait que, sans eux, les deux clubs n’auraient peut-être jamais été aussi respectés qu’ils ne le sont aujourd’hui. Quant à leur guerre d'égo, il n’est pas interdit également d’en retenir le meilleur. Par exemple, des scènes qui ont marqué les esprits de tous, comme la fois où, pour un match au Vélodrome, Bez a débarqué dans une grande Cadillac noire, suscitant la colère des supporters olympiens, en même temps que l’ire de tout le football français.  


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